CHAPITRE XXI
Dans la salle du Conseil, sur Coruscant, Yan Solo bouillait de ne pas pouvoir s’approcher de Kyp Durron pour le réconforter. Mais les gardes de la Nouvelle République, armés jusqu’aux dents, se montraient inflexibles. Entourant le prisonnier, ils interdisaient à quiconque d’approcher.
Kyp sautait d’une jambe sur l’autre, comme s’il avait marché pieds nus sur des éclats de verre. Ses yeux étaient éteints. Sur son visage, de nouvelles rides se distinguaient. A croire qu’Exar Kun s’était débarrassé sur lui des stigmates de quatre mille ans d’une morne existence.
Le Broyeur de Soleil était de nouveau entre les mains de la République. Mon Mothma en ayant rigoureusement interdit l’accès, il n’y aurait plus de recherche sur l’arme infernale. Les exactions de Kyp Durron auraient au moins servi à ça.
Dans la salle, l’air était lourd et humide – trop de tension, et pas assez de ventilation. Cet endroit rendait Yan claustrophobe.
Les Conseillers étaient en grand uniforme, car la séance n’avait rien de routinier. A voir l’allure de certains, Yan aurait juré qu’ils n’avaient pas dormi depuis beau temps.
Le Corellien détestait affronter cette épreuve en l’absence de Leia. D’après ce qu’il savait, elle avait quitté Yavin 4 en compagnie de Terpfen pour partir à la recherche de l’amiral Ackbar. Mais il ignorait ce qu’il lui était arrivé.
Cela dit, sa femme était assez forte pour prendre soin d’elle-même, et il n’était pas question qu’il abandonne Kyp entre les griffes de cette bande de prédateurs.
Flanquée de ses droïds médicaux, Mon Mothma semblait n’être qu’à demi consciente des événements. Bien qu’elle ne fût plus très active, aucun Conseiller n’avait suggéré qu’elle n’assistât plus aux cessions. Cette délicatesse étonnait l’ancien contrebandier, habitué à l’absence de sentiment des hommes politiques.
Ces derniers jours, l’état de Mon Mothma s’était encore détérioré. Bientôt…
Le Corellien frissonna. Encore une amie qui s’en allait… La vieille garde disparaissait, c’était la loi de la vie.
L’atroce loi de la vie !
Un gong retentit, arrachant Yan à sa sombre méditation. La partie allait commencer !
Solo n’était guère au fait du protocole gouvernemental, mais il n’avait aucune intention de rester les bras croisés pendant que des bureaucrates essayeraient d’assaisonner Kyp à leur manière.
Avant que quiconque ait pu prendre la parole, il avança d’un pas :
– Hé, vous tous ! Puis-je dire un mot en faveur de mon ami Kyp Durron ?
Le vieux général Dodonna se leva avec quelque difficulté. Perclus de rhumatismes, voûté comme un vieil arbre, il semblait toujours aussi débordant d’énergie. Ses yeux se rivèrent sur ceux de Yan.
– Le prisonnier est assez grand pour se défendre seul, général Solo. Quand il était question d’agir, il n’a pas eu besoin qu’on lui tienne la main. Qu’il réponde à nos questions !
Que répliquer à ces arguments ? Si Dodonna menait l’interrogatoire, il serait loyal, et c’était tout ce que désirait Solo, qui se rassit sans insister.
Kyp leva la tête et regarda le vieux général.
– Kyp Durron, tu as volé le Broyeur de Soleil et attaqué le Maître Jedi Luke Skywalker, qui est resté plusieurs jours dans une sorte de coma. Ensuite, tu as détruit une nébuleuse et deux systèmes solaires habités. Il n’est pas dans mes intentions d’évaluer la portée stratégique de tes actes. Mais nous ne pouvons tolérer que des fous de guerre agissent à leur guise et anéantissent sur un coup de tête la moitié de la galaxie !
Les autres Conseillers approuvèrent. La voix puissante du général Rieekan fit trembler les murs de la salle.
– Cette assemblée avait décidé que le Broyeur de Soleil ne serait jamais utilisé. Nous l’avions mis en sécurité, dans un endroit jugé inaccessible ! Mais vous avez volontairement ignoré notre volonté.
Quand Rieekan en eut terminé, l’assistance resta silencieuse. Tous auraient aimé prononcer un réquisitoire, mais que pouvait-on ajouter à celui-là ?
Alors Kyp osa parler. Sa voix fluette, à peine audible, rappela à Yan et aux politiciens qu’ils avaient affaire à un garçon à peine sorti de l’enfance.
– Mes actes sont impardonnables et j’en accepte toutes les conséquences.
– Même s’il nous faut prononcer la peine de mort ? demanda Hrekin Thorm, le sénateur obèse. Car c’est le châtiment logique, personne ne pourra prétendre le contraire…
– Un instant ! beugla Yan, se fichant comme d’une guigne des regards indignés qui saluèrent son éclat. Je sais, je sais, ça n’est pas protocolaire, mais vous devez m’écouter. Kyp n’était pas lui-même. Il était possédé par l’esprit d’un Seigneur de la Sith aujourd’hui vaincu. En plus, le gosse n’a pas fait que du mal. Bon sang, il a détruit la flotte de Daala. Ça n’est pas rien, non ? Qui sait combien de vies il a sauvées ? On est en guerre, ne l’oubliez pas !
Mon Mothma leva une main tremblante et prit la parole. Tous se turent pour l’écouter.
– Kyp… Durron…, commença-t-elle, chaque mot semblant lui coûter un effort surhumain, tu as sur les mains le sang d’innombrables innocents. Mais nous sommes un gouvernement, pas une cour de justice. Rien ne nous autorise à décider de ton sort. (Elle prit une inspiration douloureuse.) Tu dois comparaître devant les Jedi, tes frères. Eux seuls sont assez qualifiés pour te condamner… ou t’absoudre. Général Solo, conduisez Durron sur Yavin 4. Luke Skywalker prononcera la sentence.